Hieronymus Donnovan


L’interview intégrale des articles parus sur NetZ.fr.

LE ROMAN D’UN BLOGUEUR

Hieronymus Donnovan est un jeune écrivain. Son roman « REAL TV », publié en avril 2010, caracole en tête des ventes. Enfant du web, il utilise les supports des nouvelles technologies pour diffuser ses oeuvres littéraires et se faire connaître du grand public. Nous vous proposons de découvrir un auteur qui marquera son temps. Interview exclusive pour NetZ et More Than Words.

PART I – article du 25 mai 2011 :
Un Best Seller de la littérature numérique

Choisissez l’une des 2 options et expliquez votre choix :
1- Publier votre prochain roman chez Gallimard OU publier votre prochain roman chez Storylab ?

Chez Storylab. Pour des raisons simples : je suis fidèle et je ne vais pas oublier l’éditeur qui a eu confiance en mon roman. De plus, je travaille actuellement sur un projet de roman qui utilisera pleinement le côté multimédia de l’Ipad et des tablettes. C’est passionnant. Le livre numérique doit permettre aux éditeurs de prendre des risques et de publier des livres différents (dans la forme comme dans le fond). A travers sa publication numérique, “”REAL TV”” a prouvé qu’un public était en attente d’un tel roman, donc la prochaine étape serait une version papier. Par contre, je ne suis pas certain que mon texte s’inscrive dans la ligne éditoriale de Gallimard. “REAL TV” reste à disposition des éditeurs intéressés par une possible publication 😉

2- Répondre aux questions d’un blogueur pour son blog OU Répondre aux questions de Denisot au Grand Journal de Canal + ?

A un blogueur. Il a le temps de lire mon roman, faire ma connaissance et poser ses questions. C’est un luxe et une qualité que la télévision ne possède pas. Moins d’audience, mais plus de lecteurs concernés. “REAL TV” s’est fait connaître grâce à plusieurs articles rédigés par des blogueurs (Idorian, la mémoire du pad..) Publier un billet sur un roman demande un investissement de temps plus grand que pour un film ou une bd, donc, encore merci à eux.

J’aime la carrière de Michel Denisot, ce serait une belle expérience de participer à son émission. Par contre, il ne pose plus beaucoup de questions, disons qu’il fait rebondir les invités. Heureusement car (surtout après 20 h) les questions de ses chroniqueurs sont la plupart du temps sans intérêt. Il faut vraiment être rodé en terme de promotion pour savoir y répondre. Ce n’est pas mon cas !

3- Utiliser une TV grand écran pour Regarder un film OU pour Jouer à la Super Nintendo ?

Un film. Last Action Hero, en l’occurrence. BONUS : Un épisode de la saison 5 de Buffy.

4- Rémy OU Arnaud ?

On ne demande pas à un père lequel de ses enfants a sa préférence 😉
Peu de lecteurs aiment Remi. J’ai pourtant une tendresse pour ce genre de personnage. On le déteste pourquoi ? Parce qu’il ne pense qu’à lui et ne mâche pas ses mots ou parce qu’il en a pleinement conscience ? Arnaud, c’est différent. Il est fondamentalement bon, mais le mal le ronge de l’intérieur. Il ne sait pas gérer ses sentiments. Il est beau, donne l’impression d’être sûr de lui, mais ce n’est qu’une illusion. Je pense beaucoup à lui en ce moment, car il est présent dans mon prochain roman. Tout comme d’autres personnages de “REAL TV”. La seconde partie du récit a secoué autant les lecteurs que les héros du roman, la suite prend ça en considération.

5- Autobiographie OU Fiction ?

Fiction. Mais bien entendu, toute fiction se base sur un vécu. Le mien tout comme celui de mon entourage proche ou pas. Je suis plutôt observateur, j’aime bien tenter de rentrer dans l’esprit des gens que je croise aux caisses des magasins, au travail (dans une médiathèque), dans la rue…
Si un roman fantastique rentre dans le domaine de la fiction, pour être fort, il est nécessaire qu’il soit ancré dans le réel. Les personnages qui seront amenés à faire face à des événements troublants doivent avoir un vécu qui donnera un sens à leurs réactions, leurs choix. C’est tout aussi important pour permettre aux lecteurs de se reconnaitre à travers les situations et les héros.
Le fait de situer “REAL TV” en juin 1993 est avant tout choisi pour servir à l’intrigue. Ensuite, je me suis inspiré de mes souvenirs et ce que je ressentais en tant qu’ado à l’époque. Je me sens même comme un « vieux con » quand je me rends compte que mes personnages disent des choses qui me semblent idiotes maintenant que je suis un peu plus responsable, que je suis papa. Mais, ce vécu a permis aux lecteurs de mon âge de replonger dans cette époque. Et sublime surprise, car ce n’était pas voulu : les ados d’aujourd’hui se reconnaissent en Rémi et Arnaud.

6- Pas de Calais ou Silicon Valley ?

Pas de Calais. On parle quand même beaucoup mieux de ce que l’on connaît. King et le Maine ou Joe R. Lansdale et le Texas, Michael Connelly et Los Angeles ou encore Lawrence Block et New York.
Le Nord-Pas-de-Calais est une région portée par une histoire qui , surtout dans les livres à venir, m’inspire des histoires (fantastiques ou pas) qui me semblent intéressantes. Je pense que j’ai l’occasion de poser un regard nouveau sur ma région. Et puis, elle est belle. J’en suis fier.

Le Nord-Pas-de-Calais est très riche et très beau. Malheureusement, Dany Boom a oublié de le filmer afin de laisser plus d’exposition à un postier poivrot. Les vrais valeurs, hein ?

7- Jérôme Bosch ou Michel-Ange ?

Jérôme Bosh. Je dois reconnaître que j’ai fait sa découverte grâce à Michael Connelly. La première fois que j’ai vu ses peintures sur google images, je me suis dit : tiens, c’est parfois comme ça dans ma tête.

8- Smells like teen spirit OU More than words ? (voir https://denisgentile.wordpress.com/about/)

Smells like teen spirit. Je dois tellement à Nirvana. Un groupe découvert (véritablement) sur le tard. Comme Rémi, dans “REAL TV”, je n’ai pas écouté à l’époque de l’explosion du groupe car tout le monde, sans exception, écoutait ce morceau, notamment les fans d’Eurodance, c’était trop suspect. Et puis, vers 17-18 ans, j’ai pris ce groupe en pleine face. C’était une période très difficile pour moi, un mélange de crise d’adolescence tardive et d’isolement. A force de ne pas être compris par les gens qui m’entouraient (mon intérêt et mon besoin de culture étaient vus comme une tare), je m’étais retrouvé très seul. Et puis ce mec, Kurt, s’est mis à gueuler des mots qui me parlaient tant et à produire une musique à travers laquelle j’ai purgé toutes mes haines. Je me suis senti compris, comme des milliers d’ados. Et puis, je me suis intéressé à l’histoire du groupe, de Kurt. C’est quelque chose qui me passionne encore et ce sera toujours présent dans mes romans. J’espère même consacrer l’un d’eux rien qu’à ça. Passée la tristesse que la vie de Kurt m’a inspiré, je dois reconnaître que l’effet que ce mec a eu sur moi est surprenant. J’ai jamais eu autant confiance en moi depuis ce jour.

Extreme a beaucoup moins d’importance pour moi, mais j’aime aussi.

9- Voyage au centre de la Terre ou Madame Bovary ?

Voyage au centre de la Terre. Jules Verne est l’un des premiers grands auteurs que j’ai découvert. Il m’a fait rêver. Que ce soit ses romans, ou les nombreux films autour des territoires inconnus (Vous savez, tous ces films des années 60/70 avec des effets spéciaux en carton pâte), ça me passionne. J’associe Jules Verne à H.G. Wells et William Golding en terme de premieres découvertes littéraires.

PART II – Article du 1er juin 2011 :
Ce n’est pas le papier qui vous fait aimer les livres, ce sont les mots et l’histoire !

VOTRE AVIS D’ECRIVAIN & DE BLOGUEUR sur les questions suivantes, inspirées des articles publiés sur NetZ :

1- . Le monde se divise en 2, entre ceux qui lisent et ceux qui ne lisent pas. Pour satisfaire les lecteurs, il y a les livres. Pour combler les autres, il y a le web ! Est-il vrai que les gens ne lisent pas sur le web ?
http://bit.ly/hUs3p7

Je pense que la première version de “REAL TV”, diffusée sous forme de roman feuilleton sur mon blog Myspace puis sur mon blogspot (après quelques problèmes techniques sur Myspace) démontre le contraire car elle avait attiré environ 4000 lecteurs uniques.
Beaucoup de lecteurs de “REAL TV”, dans la première version mais surtout dans l’actuelle (iPhone, iPad ou Android) ne sont pas des lecteurs assidus. Ils ont pourtant lu l’ensemble du roman, ce qui n’était pas arrivé depuis ceux imposés pendant la scolarité. Pourquoi ont-il lu ? Pas uniquement pour le support, mais aussi pour l’histoire. Un roman situé en 1993, qui traite des jeux vidéo, du cinéma de l’époque, avec deux ados, c’est attirant. Le résultat le plus flatteur : des lecteurs de “REAL TV” envisagent d’autres lectures et me demandent des pistes.

Pour en revenir à la lecture sur le web, je me pose une simple question. Prenons nous les mêmes dispositions selon notre mode de lecture ? Pour lire un roman, que ce soit sur papier ou tablette, j’aurais plutôt tendance à croire que l’on s’isole, on s’éloigne du pc, des sources de dérangements. Mais sur internet, on à d’autres pages qui nous titillent, un twitter qui se met continuellement à jour, des notifications facebook, les alertes emails. Peut-on bien lire quand le pc portable est installé dans un coin de la cuisine, ou sur la table basse du salon ? Ou que le pc familial est placé dans un endroit de passage dans la maison. Certains regardent la télévision en même temps ou encore, pendant que les enfants jouent, juste à côté. Et puis, beaucoup de monde utilise surtout le net au travail. Alors, il y a toujours une source de dérangement, un collègue qui nous interpelle, le téléphone qui sonne ou une alerte qui nous avertit du prochain rendez-vous. Bien sûr, chacun est différent et certain savent se concentrer sur le pc, s’isoler dans une bulle. Bref, ce n’est peut être qu’une histoire de conditions.

Enfin, je me dis que c’est tout simplement ce que pense les agences et ce qu’elles nous imposent. Mais nous ne sommes pas pas obligé de le subir.

2- Une animation en flash faite par un web designer est-elle plus chère que des textes originaux écrits par un rédacteur web ? Autrement dit, comment vendre des mots ? Peut-on gagner sa vie en écrivant exclusivement sur le web ?
http://www.netz.fr/2011/02/09/leternel-debat-du-fond-et-de-la-forme/

« L’échange est le berceau de la connaissance. Ce que tu ne sais pas, l’autre te l’apprendra (et vice-versa). »

Très difficile de répondre à cette question. Je pense que vous avez beaucoup à m’apprendre sur le sujet. Je ne peux que me baser sur l’expérience de la publication de mon roman. Car d’un fichier .doc mon éditeur n’en a pas fait qu’un livre, mais une application multimédia. Une fois l’application “REAL TV” lancée, on tombe non pas sur une texte mais sur des des menus semblables à ceux des dvd avant de regarder un film. Alors, oui, le côté visuel est tout aussi important dans un premier temps, et sans doute qu’il a coûté plus cher que mon texte, d’autant plus que l’application était l’une des premières de mon éditeur. Donc, sans doute plus coûteuse. Mais je n’ai pas la réponse, ce n’est pas mon job. Je me concentre sur le texte.
Enfin, pour en revenir à l’idée de l’échange que permet le web, Storylab part du même principe puisque les lecteurs peuvent laisser leurs impressions ou encore partager l’application sur les réseaux sociaux.

3- Le livre va-t-il mordre la poussière ?
http://www.netz.fr/2011/02/15/le-livre-ne-veut-pas-mordre-la-poussiere/

Bon, avant de répondre précisément à cette question, je précise que sortir “REAL TV” en ebook n’était pas dans mes projets. Storylab m’a fait cette proposition quelques mois après la publication du roman sur le blog et alors que j’avais retravaillé le roman. Bossant dans une médiathèque, le livre numérique n’était pas une découverte mais je ne pensais pas qu’il débarquerait aussi vite et surtout sur l’iPhone. En considérant les thèmes de mon roman et les lecteurs qu’il avait touché, j’ai rapidement eu la certitude d’être face à une expérience dans laquelle j’avais toute ma place. Je me suis retrouvé, du jour au lendemain, représentant du livre numérique, sans trop le prévoir, il faut le reconnaître. Un an après la sortie de “REAL TV”, mon avis sur la question a évolué, au gré de mon expérience d’auteur et de lecteur, des rencontres, des retours des lecteurs, des interrogations des utilisateurs de ma médiathèque mais aussi des commentaires négatifs ou parfois agressifs de personnes qui considèrent qu’à partir du moment où je suis auteur d’un livre numérique, je veux la mort du papier et que je ne suis pas un “vrai” auteur.

Ma réponse est bien sûr que oui, mais dans très longtemps, le plus important est de savoir que ça va arriver. Ce sera une question de génération. Je comprends les personnes attachées au livre papier. C’est normal. Personnellement, je n’ai pas abandonné celui-ci pour ne lire qu’en numérique. Au dernier Noël, j’ai franchement aimé trouver, au pied du sapin, les deux tomes de Ça de Stephen King emballés dans un papier cadeau, plutôt que de recevoir leur version numérique par mail avec un petit mot.

Ma fille a vingt mois, je pense surtout à elle quand je dois réfléchir à la fin du papier. Une grande partie des adolescents n’en a juste rien à faire du livre numérique, les mots tablettes, liseuses ne veulent rien dire pour eux. Ma fille va découvrir la lecture via un iPad, passera prendre des livres papiers sur mon lieu de travail et elle choisira le mode de lecture qu’elle préférera. Et je ne lui imposerais rien. Mais quelque chose me dit qu’elle aura une préférence pour le numérique. Et quand j’utilise le verbe imposer c’est parce que je pense au jour où le numérique remplacera le papier dans les écoles (les versions numériques des manuels scolaires et la possibilité de les mettre à jour sont une avancée incontestable, reste à trouver un support plus résistant) et bien là, le numérique sera imposé, en quelque sorte, aux collégiens ou lycéens.

Que ce soit un défenseur de la lecture sur papier ou une personne qui n’a même pas envie de simplement essayer la lecture numérique, les arguments sont souvent les mêmes : L’odeur du papier, les pages glissant sous les doigts….. Et même si c’est quelque chose que je comprends largement, plus j’y pense et plus je me dis que ce ne sont pas de bons arguments ! A chaque fois que quelqu’un me dit ça, ou que je le lis sur internet, j’ai la même image : Une personne qui caresse la couverture et respire les pages d’un livre vierge.

Le support n’a pas d’importance, c’est le contenu, l’histoire qui doit rester l’essentiel. Et qu’il soit sur papier ou sur un fichier numérique, ça ne change rien. Ce n’est pas le papier qui vous a fait aimer la lecture et les livres, ce sont les mots qu’il renferme…

Au travail, je ne suis pas le seul à être sensible aux livres numériques. Une personne l’est bien plus que moi : le responsable informatique. Geek au sens le plus noble du terme, il a tout de suite soutenu la sortie de mon livre en diffusant le lien un peu partout. Il n’avait pas lu mon roman, se réservant pour le moment où il serait disponible sous forme d’une application Androïd. Ce jour là, je pense qu’il fut le premier à télécharger la version complète de “REAL TV”. Et puis, les jours passent, il ne m’en parle pas. Bizarre, son enthousiasme quant à mon livre à littéralement disparu… Zut, il n’a pas aimé. Bon, je lui demande et me prépare à recevoir mon premier avis négatif. Et il avoue : « Y a rien à faire, j’arrive pas à lire ton livre sur mon téléphone, désolé, j’ai essayé, mais j’y arrive pas. J’ai lâché au bout de deux chapitres. ».

Et merde. C’est pire qu’une critique. Je suis déçu et je pense à tous les lecteurs potentiellement perdus pour la même raison.

Bon, je ne perds pas espoir et le second élément qui me gène sur le moment, c’est que mon collègue continue tout de même à soutenir mon roman. Mais moi, je veux qu’il le lise et le soutienne parce qu’il a aimé “REAL TV” et pas seulement parce que je suis un gars génial ;-). Alors, je lui file la version manuscrite.

Le soir même sur Facebook, il écrit qu’il est à fond dedans, il découvre vraiment le roman. L’histoire. Il a lu le premier coup de théâtre. Le lendemain, au travail, il n’a qu’une envie, lire la suite. Voilà t-y pas qu’il sort son téléphone en cachette pour la lire. Le soir, le revoilà devant le manuscrit. Il le dévore jusqu’à sa moitié. Le lendemain, je reçois un message privé sur Facebook : « Ah, j’en peux plus, je suis coincé depuis plus d’une heure pendant le contrôle technique de ma voiture. J’ai terminé ton bouquin sur mon téléphone. C’est génial. »

Mesdames et messieurs, l’histoire sort grand gagnant de ce combat. Je ne veux pas dire que MON livre vous fera aimer la lecture numérique. Mais qu’avec un peu de curiosité, il y a de forte chance pour qu’un texte vous marque et vous apporte un sentiment de plaisir qui sera inconsciemment associé au mode de lecture.

Lire un livre numérique, cela bouscule les habitudes et demande un effort d’adaptation, c’est certain. Je le comprends, sincèrement.

Je pense aussi aux livres que j’ai découverts par hasard, dans le rayon de la  médiathèque de ma jeunesse (les fameux livres pocket terreur de couleur noire et rouge). Maintenant nous avons INTERNET ! Ce genre de découverte peut arriver avec des moyens plus modernes : Vos blogs  !

Regardez les blogs de lectures actuelles, ceux rédigés par des lecteurs (souvent des filles) et justement très bien faits. Les forums ou les sites qui regroupent ces blogueurs sont extrêmement actifs. Le succès de nombreux livres vient d’eux (ça mériterait même un article de la part de Netz,) Et un jour, le support de ces livres n’aura pas d’importance. L’attachement au papier sera moins important pour les prochaines générations.

Je terminerai en précisant que se lancer dans la lecture numérique, ce n’est pas abandonner la lecture papier. Les deux cohabitent très bien.

Et puis, enfin, j’ai quand même envie de dire que ce qui pourrait tuer bien plus vite le livre papier et numérique, c’est la tonne de bouquins sans intérêt publiée à tout bout de champ et les personnes pour qui la culture se limite à « Zadig et Voltaire ».

4- Préférez-vous faire vos courses au supermarché ou dans les commerces de proximité ?

http://bit.ly/g4UDwL  Tout peut-il être gratuit sur le web ? Ou comment faire prendre conscience aux internautes que même le web peut être payant ?
Faire les courses est une plaie. Je n’aime pas ça. Alors, je préfère me rendre dans un Carrefour Market de taille moyenne plutôt qu’un immense Auchan pour une raison simple : Allez à l’essentiel. Et je me rends compte que je surfe pratiquement de la même façon. J’essaye de ne pas me perdre dans l’infini du web et je limite mes connections. Je reste curieux, je m’intéresse à l’actualité au sens large via netvibes ou une sélection d’applications sur mon iPhone en ne limitant pas mon accès à une seul site d’informations, puis j’ai ma petite sélection de sites ou de blogs moins connus où je sais que je vais forcément apprendre quelque chose. Je vais de moins en moins sur les réseaux sociaux, trop chronophage, surtout twitter (je suis un très mauvais twittos, je perds tous mes abonnés !) mais suffisamment pour chopper des liens intéressants. Je ne surfe jamais le soir, consacrant ce temps-là à ma famille, la lecture et le cinéma.
J’apprécie forcément le côté gratuit du net, en terme d’actualités notamment. Je lis ici ou là que l’Ipad n’est qu’un gadget et que finalement il ne sert à rien. Mais rien que pour la possibilité de se tenir informé et d’apprendre, depuis n’importe où et d’avoir accès à tant de connaissances (wikipedia et les blogs culturels), c’est loin d’être gadget. C’est même très important. Je me souviens, quand j’étais adolescent (je peux le dire, il y a prescription), j’avais une sale manie : Je volais de nombreux magazines à la librairie. Maintenant, j’ai conscience qu’en achetant un magazine, en m’abonnant à un site, je participe à la paye d’une équipe. Mais quand j’étais plus jeune, je me disais, tout simplement : Moi, je veux juste apprendre, découvrir des choses et je n’ai pas les moyens de payer tous les magazines de ce kiosque. Alors, pour un Mad Movies acheté, il y avait un Rock Sound et un Player One sous mon manteau. Et je peux dire que je lisais chaque ligne de ces magazines. Maintenant, on a accès à toutes ces infos, gratuitement, grâce à des passionnés ou des journalistes qui nous proposent des articles de qualité. Les générations actuelles ont une sacrée chance, alors qu’ils ne perdent pas leurs temps en statuant et commentant depuis leur Facebook. Voilà, je parle encore comme un vieux con, mais vous voyez, j’étais un rebelle !

C’est vrai que face à tout ce gratuit, le payant est difficile à comprendre. Mais comme je le dis plus haut, si cela permet à des gens de qualité de pouvoir continuer à nous offrir un bon service. C’est important. Et le moyen de le faire comprendre c’est justement cette qualité.

Pour partager mon expérience vis à vis de la publication, voici ce que je peux dire sur la gratuité :

Un très grand nombre de gens n’ont lu que les cinq premiers chapitres que contient la version gratuite de “REAL TV”. La plupart de leurs commentaires assurent d’ailleurs que le roman est excellent et commence bien. Son défaut ? La suite est payante. Ce côté payant leur semble inconcevable. 3.99 euros pour un livre. Un livre ? Ça va pas la tête ! Résultat, l’envie de lire la suite du roman disparaît illico.

5- Comment le support fait-il progresser l’humanité ? Etes-vous d’accord avec les propos de Francis Benett ? Pensez-vous vraiment que le support joue un rôle si important ? Ne pourriez-vous pas écrire de la même façon sur un support papier ?
http://www.netz.fr/2011/03/21/le-blog-avenir-de-la-presse-ecrite/

Je vais limiter ma réponse au roman. Je suis partagé. Je pense, dans un sens, que le support peut jouer un rôle important. Mais au milieu, reste l’essentiel : l’histoire. Pour l’instant, mon éditeur par exemple, pense que le supp

ort numérique, notamment les smarphones, nécessite des récits courts. Une nouvelle collection de romans courts, les One Shot, à 0,99€ seront prochainement publiés. C’est une excellente occasion de tester la lecture numérique et de découvrir des auteurs. Mais il faut aussi une place pour des textes plus long. Quand j’écris, à vrai dire, je ne pense pas au support. Je n’ai pas un côté technicien qui se demande si un chapitre sera trop long, je ne sais pas le faire et je ne me l’impose pas. J’y vais au feeling. “REAL TV” fut écrit comme ça et je n’ai jamais eu aucune critique concernant sa longueur.
Par contre, je me rends compte qu’un support comme l’iPad peut amener une dimension supérieure à un roman grâce à l’image. C’est ce que je vais essayer de faire avec un futur roman. Mais avant tout, je me concentre sur le texte et sur l’histoire (Je sais que je répète ce mot, mais il est important, vous l’avez sans doute compris). Je ne me concentrerai vraiment sur les ajouts visuels qu’après avoir finalisé le roman. Celui-ci doit rester l’essentiel.
L’ajout d’un côté visuel pourrait permettre au roman de toucher plus de gens. Ce n’est pas un hasard si de plus en plus de romans (même papier) ont le droit à une bande annonce sur le web ou à la radio. L’objet livre peut être trompeur et non représentatif de son contenu. Alors, je sais que l’idée ne plaira pas à tout le monde, il y a de nombreuses personnes (comme moi) qui choisissent une lecture sans trop en savoir sur celle-ci en se limitant volontairement au bon retour d’un ami, au titre, au nom de l’auteur, au pitch voir à l’éditeur afin d’être surpris en découvrant ce que se cache une couverture de papier glacé ou une tablette :-).

Je m’en rends compte au travail, quand un lecteur ne sait pas quoi emprunter et me demande conseil. Je connais une série de roman que les lecteurs empruntent peu d’eux mêmes, la couverture, même si elle est belle, ne leur parle pas. Il est aussi difficile de savoir que tel livre contient autant des « scénes d’action » beaucoup de retournements de situation ou encore, beaucoup de tendresse. Et bien, lorsque je dirige les lecteurs vers ses livres, on terminaient par m’en dire le plus grand bien et à me demander d’autres suggestions. Et quand il s’agit du premier tome d’une série, je ne suis pas surpris de ne pas retrouver les suivants, en rayon, pendant quelques semaines. Et puis, il y a tous ses livres demandés et empruntés une fois l’adaptation cinématographique sur les écrans. C’est aussi un moment où l’on peut se rendre compte de l’imaginaire illimité d’un roman, d’une série ou de l’univers créé par un auteur (alors qu’un film est fortement limité à ce niveau, il suffit de comparer les Harry Potter selon leur média).

6- Pourquoi la littérature ne parle-t-elle pas d’internet ? D’ailleurs votre roman «”REAL TV”» se déroule en 1993 et il évoque la tv, les jeux vidéos. Avez-vous l’intention de parler d’internet dans vos prochains romans ? Si oui, quel sera le rôle du web dans votre histoire ?

Si par la littérature vous voulez dire « les grands auteurs contemporains » c’est certain, Internet à peu de place. Travaillant dans une médiathèque, je peux dire qu’en fait, Internet est très présent dans de nombreux romans jeunesse, notamment les romans écrits pour les filles et racontant, justement, des histoires de filles. Que le roman soit rédigé dans le style «Journal intime» ou du point de vue d’un narrateur omniscient, les références au mails et aux réseaux sociaux sont très nombreuses. Ces passages bénéficient, la plupart du temps, d’une mise en page particulière. Certainx sont même retranscritx comme si le contenu était un blog. C’est un élément important car la jeune lectrice s’y retrouve, c’est représentatif d’une génération. D’ailleurs, les romans de Chick Lit, pour les plus grandes, utilisent eux aussi ce principe. En fait, de nombreux thrillers et livres de Science Fiction usent pleinement des ressources du net en en faisant un décor ou un personnage important. Le cyber-espace et le cyber-punk, sont issus de la littérature.

Je ne sais pas vraiment pourquoi Internet est si peu présent dans la littérature “classique”. Les auteurs n’y voient sans doute aucun intérêt narratif et ne se sentent pas inspirés par le cyber-espace. Il y a de forte chance que certains auteurs jugent le net comme un élément négatif pour leur récit, une interaction inefficace entre les personnages.

Internet sera présent dans mes prochains romans pour une raison simple : Il fait partie de ma culture. L’un des romans qui fera suite à “REAL TV” se situe en 1999. De ce fait, internet a sa place et sera présent à travers le vécu de plusieurs des personnages. Ludovic, l’un des héros de ce roman a notamment un frère qui travaille dans l’informatique tandis que lui a beaucoup de mal avec ça. Son frère prédit le boum du net, sa mère est déjà accroc et Willy, une sorte de parrain culturel d’un ensemble de personnages de mon univers, celui qui leur fait découvrir des films ou des groupes inconnus aura même une phrase du style : “Je suis vieux et fatigué, Internet va me tuer, gamin !”. Comme la plupart des références de mon univers, Internet fera partie de mon background. Il sera là, quand il sera essentiel à l’épanouissement de mes personnages, de la génération que je souhaite décrire. Plus personnellement, je dois beaucoup à Internet, m’y connecter fut une ouverture vers le monde, le début de ma sociabilisation. Pour faire court, j’ai découvert que je n’étais pas seul à aimer le rock et le cinéma, à avoir lu des romans de Georges Chesbro, à lire Picsou Magazine à 19 ans 🙂  J’ai rencontré ma compagne et mère de ma fille sur Internet. Ce n’est pas rien, c’est au centre de ma vie. Et donc, c’est pour moi logique d’en parler.

Le jeu vidéo, c’est autre chose. Je parle encore une fois de littérature jeunesse. Il est souvent présenté comme un piège dans lequel le gamin-qui-n’a-pas-d’amis-ou-qui-devrait-sortir-plus, tombe et découvre que la vie, c’est autre chose et c’est bien mieux. C’est ce qu’attendent certains parents, les éditeurs répondent à cette demande. A ma connaissance, même s’il n’est pas sans travers, le seul roman jeunesse sur les jeux vidéo qui m’a plu est No pasaran de Christian Lehmann.

Si je parle de télévision et des jeux vidéo dans “REAL TV” c’est tout simplement qu’ils constituent une part importante de ma culture. Je suis un enfant de la télévision et j’ai grandi au rythme des nouvelles consoles. Le jeu vidéo et moi sommes devenus adultes au même moment. Dans mon roman, je voulais parler de cette passion et le faire avec originalité. De ce fait, des trois grandes références au jeu vidéo dans mon roman, deux servent à caractériser les personnages et le troisième fait monter la pression avant un moment important du récit. Le troisième chapitre tourne autour d’une partie de Super Mario Kart. C’est un chapitre pour lequel je reçois de nombreux retours, soit les gens ont revécu un souvenir important de leur jeunesse, soit ils ont failli lâcher le roman en lisant ces lignes. Mon éditeur s’est d’ailleurs posé beaucoup de questions à cause de ce chapitre, “REAL TV” a bien failli ne pas être publié. Pour moi, c’est inconcevable qu’il soit publié sans ce passage, son identité était en jeu. Storylab a compris l’importance de ce moment dans mon roman et je l’en remercie. Parler des jeux vidéo dans un roman, je m’en aperçois maintenant, est un risque. C’est ma passion qui m’a inspiré cette idée, pas la volonté de marquer le coup. Aprés l’écriture du roman, je me suis tout de même dit, “tiens, ça peut marquer la différence, intéresser les gamers et les sites/magazines qui en parlent” et bien, pas du tout, ils n’en ont juste rien à f…. ! Je trouve cela plutôt dommage. N’empêche, j’ai encore pas mal d’idées concernant des récits sur les jeux vidéo, donc j’y reviendrai.

7- L’article « le blog est l’avenir de la Presse Ecrite ! » est construit comme un véritable scénario. Un dialogue entre 2 personnages, la fiction qui se mêle à la réalité et un rebondissement final pour ceux qui ont décidé d’aller plus loin (http://francisbenett.info/ ) Que pensez-vous de ce type d’écriture ?

C’est dynamique et nous donne l’impression de faire partie de cette discussion, d’être témoin de la scène. On y détecte même les moments de silence et de réflexion. Ce n’est pas rien !

8- Le blog est-il une chance pour les artistes et en particulier pour les écrivains ? La culture a-t-elle sa place sur le web ? Je sens une certaine réticence de la part des artistes à exploiter les possibilités qu’offrent le web. Qu’en pensez-vous ?
http://www.netz.fr/2011/04/13/le-blog-est-une-chance-pour-les-artistes/

Oui, sans aucun doute si on l’exploite bien. Je veux dire par là, si on se trouve au bon endroit. C’est à dire le site ou l’on touchera les bonnes personnes. J’en reviens, encore, à mon expérience, mais l’air de rien, j’ai eu une chance folle. J’ai publié mon premier chapitre en septembre 2008 sur Myspace. Si j’avais eu cette idée un an plus tôt, je n’aurais pas eu autant de lecteurs, il n’y avait pas suffisamment de français sur ce réseau. La même idée un an plus tard, en 2009 ? Trop tard, Myspace c’était déjà terminé, tout le monde avait migré vers Facebook ou n’était même pas passé par la case Myspace. Et si j’avais écrit ce roman-feuilleton sur Facebook ? Personne ne l’aurait lu. Facebook est un site de réseaux avant tout, pas de culture.

Je pense, en tout cas, que le web est un réel tremplin pour les artistes musicaux et visuels.

La mort de Myspace (bon ça existence encore, mais on peut dire que c’est un mort vivant) m’a profondément attristé, c’était une site génial. J’ai découvert une centaine de groupes via ce site, à l’époque j’organisai des concerts de rock et au moins 75% de la programmation étaient issus de ces découvertes. Le principe de se créer un réseau à travers ses préférences culturels était génial.

Après, il y a le coté promotion et communication. Et là, bien entendu, c’est une chance formidable pour les artistes. Les blogs et les sites spécialisés peuvent être un relais et un coup de pouce pour eux.

9- Quelle est votre stratégie marketing ? Océan bleu ? http://www.netz.fr/2011/04/14/marketing-et-innovation-la-strategie-ocean-bleue/

En tant qu’auteur, j’ai pas envie de me soucier du marketing. S’y intéresser, c’est autre chose et j’essaye de me tenir au courant. Je pense en effet que la stratégie de mon éditeur est dans une logique Océan bleu. Mon roman aussi dans le sens où il répond à une demande même si au début, il était difficile de savoir que c’était le cas. En fait, si le le livre a trouvé ses lecteurs, comme le dit mon éditeur, il a été nécessaire d’aller les chercher, en partie, pour qu’eux même se rendent compte que “REAL TV” était écrit pour eux.

10- Quel type de blogueur êtes-vous ?  Je dirais que vous êtes un pourvoyeur qualitatif ou un orateur influent ?
http://www.netz.fr/2011/04/12/blogueur-qui-es-tu-analyse-comportementale-de-la-blogosphere/

Je suis un très mauvais blogueur. Des nombreux blogs dans lesquels je me suis lancé, seul un avait une ligne éditoriale logique, celui de mon roman feuilleton, et c’est le seul que j’ai réussi à tenir même si c’était sur une durée limitée. Je ne me sens pas doué pour rédiger des articles ou lancer une réflexion à propos d’un sujet et surtout le faire régulièrement. Je pense mieux exprimer ce genre de chose à l’intérieur d’un récit.
Je ne me vois pas, mais alors pas du tout comme un orateur influent, sinon, “REAL TV” aurait des millions de lecteurs !!! Un pourvoyeur qualitatif , je ne sais pas non plus. Aux lecteurs et à vous de me le dire.

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commentaires
  1. […] A lire l’intégralité de l’interview sur le blog More Than Words. […]

  2. […] AccueilAboutAutres HistoiresGuest StarsHieronymus DonnovanVincenzo MontellaPhilippe de CasabiancaVOTRE TOP 5Caffè SospesoAlessia CatalloCarole Capo-ChichiCaffè Sospeso offert par Rouweida HediCaffè Sospeso offert par Gilles de La BuharayCaffè Sospeso offert par Nawel Merah […]

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